A-Trak
A-Trak
23/09/10 - 16:42
par Romain B.
Catégorie(s): Interviews, Photos, Videos
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Encore relativement marginal pour le « grand public », Alain Macklovitch alias A-Trak est connu et reconnu par les amateurs de musique électronique, que ce soit pour ses lives agrémentés de « scratchs » détonnants, ses remixs des Yeah Yeah Yeahs, de Boys Noize, de Sébastien Tellier,… ou encore pour sa collaboration avec Kanye West. Nous avons eu la chance de rencontrer ce jeune prodige du « scratch » qui a répondu avec gentillesse, humour, et en toute discrétion à nos questions portant entre autres sur ses débuts, sur Chromeo, le groupe de son frère Dave, sur Kanye,…

Music For Your Mind: Pour commencer, j’aurais aimé revenir à la « genèse d’A-Trak« , peux-tu nous raconter comment tout a débuté ? Tu as commencé à 13 ans c’est ça, grâce à l’argent de ta Bar-Mitsvah ?

A-Trak: J’ai commencé un peu avant ça avec le tourne-disques de mon père, j’essayais de scratcher dessus mais ça ne marchait pas trop bien parce que ce n’est pas fait pour ça. (Rires) Mais c’est comme ça que j’ai eu la passion, j’ai découvert, je sais pas genre juste un espèce de plaisir du scratch en gros. Mais je voulais m’y mettre plus sérieusement donc ouais je me suis acheté des platines d’occasion, une table de mixage, puis en l’occurrence oui c’était avec l’argent que je venais de recevoir pour ma bar-mitsvah et puis après je me suis beaucoup entrainé!

MFYM: Justement sur ton myspace tu racontes que tu t’entraînais parfois 18h par jour ?

A. : Non ça c’est une blague! (Rires) J’étais à l’école tous les jours,  non, non, mais genre quand même 4,5h par jour en rentrant de l’école, et au bout d’un an et demi j’ai commencé à faire les DMC (compétition de DJs annuelle), j’ai gagné à Montréal, je me suis rendu aux finales canadiennes où j’ai encore gagné, et puis j’ai gagné les championnats du monde à 15 ans, cela faisait à peine deux ans que je scratchais c’est passé hyper vite.

MFYM: Et avant de scratcher, au niveau musical, tu avais quelques notions de solfège ? Tu jouais d’un instrument ?

A. : J’ai fait du piano pendant quelques années auparavant mais je n’ai jamais vraiment appris le solfège, j’avais quelques bases mais j’ai vraiment appris presque tout tout seul en travaillant. C’était vraiment un travail de découverte personnelle et puis je pense que c’est ça qui permet des fois à un DJ ou à un musicien d’avoir son propre son, c’est quand il essaye de comprendre seul, parce qu’on fait des erreurs en fait qui nous font inventer des nouveaux trucs. Tu vois genre quand j’essayais de déchiffrer, de comprendre des scratchs que d’autres DJs faisaient je finissais par inventer mes propres trucs parce que genre je comprenais de travers, parce qu’à l’époque il n’y avait pas de guides, d’explications, internet commençait tout juste mais y’avait pas de youtube, pas de DVDs qui montraient comment faire, c’était vraiment un travail personnel !

MFYM: Quand tu débarques aux World DMC à 15 ans, et que la plupart des autres DJs ont plutôt 20-25ans, comment ont-ils réagi de voir arriver un gamin comme ça et toi comment l’as-tu ressenti ?

A. : Je crois que y’avait un peu de jalousie ou un peu de frustration de leur part, mais moi ça m’a motivé encore plus, d’une part je trouvais ça rigolo et d’autre part tout ce que je voulais c’était bien exécuter ce que j’avais pratiqué,  je m’étais entrainé pendant longtemps et puis je voulais juste bien faire mon mix, et puis ensuite les autres DJs n’étaient pas content !

MFYM: Et tu as fais doublé, triplé c’est ça ?

A. : J’ai gagné plusieurs fois oui, à 15ans, 16ans j’ai perdu, à 17 ans j’ai regagné deux titres, en 1999 et puis deux autres en 2001 aussi.

MFYM: Chez les Macklovitch la musique c’est une histoire familiale, puisque ton frère est un des membres de Chromeo. Par rapport à cela quelles relations entretenez-vous au niveau « musical » ?

A. : On se fait tout écouter, Dave (ndlr : son frère) c’est la première personne à qui je fais écouter mes démos, et puis même chose pour Chromeo, ils me jouent leurs maquettes lorsque ce sont encore des « ébauches », on travaille beaucoup ensemble. Pour Business Casual (ndlr: le dernier album de Chromeo sorti il y a quelques jours), j’étais là pendant tout l’enregistrement du disque, j’ai enregistré les voix sur un track et puis j’ai aidé un peu avec la maquette de Don’t Turn The Lights On.

MFYM: Toujours à propos de Chromeo, ton frère Dave est également juif, et P-Thug est musulman…

A. : Pat n’est pas musulman! Il est libanais mais il est chrétien, il est arabe mais pas musulman, c’est vrai qu’on dit de Chromeo que c’est le premier groupe judéo-arabe, c’est des amis d’enfance, moi j’ai plein d’amis musulmans, ça me dérange pas du tout, je trouve même ça bien ce mélange.

MFYM: Par rapport à Kanye West

A. : Lui aussi il n’est pas musulman! (Rires)

MFYM: … comment es-tu devenu son DJ pendant quelques années ?

A. : On s’est rencontré à Londres, en 2004, il m’a vu faire une sorte de prestation dans un magasin de disques et puis il m’a pratiquement engagé sur le coup. J’ai été son DJ, on a travaillé ensemble de très près pendant quelques années. On a encore une bonne relation, on se voit moins souvent et on travaille moins ensemble, mais nous sommes restés bons amis. Et même si c’est rare, à chaque fois qu’on se voit il y a beaucoup d’échanges créatifs c’est quelqu’un d’extrêmement inspiré, et puis j’aime bien lui parler, il a toujours pleins d’idées.

MFYM: Qu’est-ce que tu penses des polémiques à propos de ce qui s’était passé il y a un peu plus d’un an aux MTV Music Video Awards avec Taylor Swift ? (Pour ceux qui ne sont pas au courant voici un petit résumé ici) Comment vois-tu Kanye personnellement ?

A. : Moi je crois qu’il est peut être juste un peu naïf sur genre ce qu’il peut dire, il est très passionnée par ce qu’il fait aussi, il se fout de ce que les gens pensent, et en général je trouve ça très beau de voir quelqu’un qui ne se laisse pas trop influencer par ce que vont penser les autres, qui fait ce qu’il veut faire lui et des fois il fait des faux-pas c’est tout, et puis ça c’était son plus gros faux-pas! Mais écoute il s’en sort bien, il revient avec un album qui est incroyable, et puis de toute façon dans ce milieu la musique c’est plus fort que tout. Donc quant il revient avec de la musique qui est aussi bonne que ce qu’il fait en ce moment on lui pardonne tout et puis tant mieux parce que ce n’est vraiment pas une mauvaise personne du tout, c’est quelqu’un vraiment qui pousse la musique, qui pousse l’art énormément, c’est même, je dirais, le musicien qui pousse et qui innove le plus au monde. Pour moi je crois que c’est ma rencontre la plus importante de ces dix dernières années, culturellement ce qu’il amène à la musique c’est énorme!

MFYM: Pour revenir à toi, je souhaitais évoquer ton « quotidien de DJ », tu tournes beaucoup, partout à travers le monde, comment vis-tu cela, entre les studios, les tournées,… ?

A. : Moi je fais tout, tout le temps, en même temps. J’étais dans le train aujourd’hui, je travaillais sur un remix, quand j’arrive dans les hôtels, je poste des trucs sur mon blog, je twitte beaucoup. Je crois que de nos jours dans la réalité du DJ/Entrepreneur qui fait un peu tout, qui voyage constamment, tout se fait à partir du laptop ou du smartphone. Et je pense que cela nous rapproche aussi du public.

MFYM: Au niveau de tes projets en cours ou à venir, il y a notamment Duck Sauce, avec Armand Van Helden, peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration, qui a été mise en place il y a déjà quelques mois ?

A. : Oui oui ! On a fait aNYway l’an dernier, y’a Barbra Streisand qui sort la semaine du 10 Octobre, on vient de finir le clip de Barbra Streisand aujourd’hui, il devrait sortir la semaine prochaine (ndlr : cette semaine)! On commence à parler d’un EP ou d’un album, c’est pas encore fait mais bon… En fait on a presque assez de tracks pour un album mais il faut juste qu’on les retravaillent un peu dans le contexte d’un album parce que nous ce qu’on fait, c’est qu’on se pose, on fait des tracks un peu à la chaine, puis ensuite on les laisse genre sortir, se diffuser un peu pendant un an. On a fait un peu d’enregistrement en début 2009 et puis un peu d’enregistrement en début 2010, c’est tout. A chaque fois c’était un peu autour de Février, un peu avant Miami et la Winter Music Conference. On s’assoit on fait genre 4, 5 tracks, ça nous dure l’année. Là on a pratiquement assez de tracks pour faire un album donc on se dit pourquoi pas faire un disque, c’est pas encore fait mais c’est une possibilité !

MFYM: Et toi, tout seul ?  Tu te remets à produire ? Parce que justement tu restes marginal par ce côté « Scratch », est-ce que désormais tu ressens l’envie de t’impliquer plus comme un producteur à part entière ?

A. : Moi tout seul, c’est drôle j’ai recommencé juste ces dernières semaines à faire un peu plus de nouvelles prods, de tracks. Quand j’ai fait l’album de Kid Sister c’était un peu la première fois que je supervisais un album en entier, et à chaque fois que je fais des projets de remix ou des CDs, des mixtapes, je vois tout ça un peu comme un album à chaque fois. Mais là maintenant, je commence à prendre quelques idées pour un disque « A-Trak » solo, ça va sûrement me prendre des mois pour le faire mais je commence ! Y’a une compilation de Fool’s Gold Records qui sort vers la fin Octobre, la première compilation officielle de mon label et puis je viens tout juste de finir un track pour ça, mais c’est drôle parce que quand j’ai fait ce track là je me suis rendu compte que ça faisait 3 ans, depuis que j’ai fait Say Whoa, que j’avais pas vraiment fait de chanson « A-Trak », je faisais des remix pour d’autres, notamment ceux des Yeah Yeah Yeahs, de Boys Noize, qui m’ont fait connaître aux yeux du grand public.

Enfin pour finir en beauté et vous faire vivre comme si vous y étiez le set d’A-Trak, voici une vidéo inédite où il « scratche » le fameux Robot Rock des Daft Punk:

Interview réalisée le 18 Septembre 2010 au 4 Sans, à Bordeaux

Photos by Fanette G. (www.fanetteg.com)

Video by  Alexis F. (www.alexisfacca.com) & Fanette G. (www.fanetteg.com)

Remerciements: Tout d’abord un grand merci à Alain et à Tom pour leur gentillesse, leur disponibilité (,sans oublier le très bon set d’Alain par la suite), mais aussi à Harriet pour l’intérêt qu’il nous a porté, et enfin aux membres de l’équipe du 4 Sans que j’ai été amené à croiser, pour leur accueil et leur sens du service.

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