Un apprentissage au parfum de génie
Un apprentissage au parfum de génie
18/10/10 - 19:29
par Tom C.
Catégorie(s): Chroniques
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On se souvient de ces rondelles qu’on posait innocemment sur la platine de notre chaîne stéréo et qui, moins d’une heure plus tard, quand le silence revenait, nous laissait bouche bée, les yeux éventuellement humides. On se souvient avoir découvert le dépouillé Pink Moon de Nick Drake, couplé à Harvest (sorti la même année) de Neil Young, qui continuera dans la voie de la musique hivernale. Dans les années 90, Elliott Smith se forge en cinq albums au songwriting imbibé de mélancolie et un suicide en 2003 une image de mythe, véritable martyr dont la musique lui survivra. On se souvient encore d’Ágætis Byrjun de Sigur Rós auquel on n’avait rien compris mais qui avait mis une sacrée claque à tout le monde. Le titre (« Un bon début ») était déjà évocateur. Il y avait aussi Antony and The Johnsons qui, dès son premier album puis avec I am a bird now, a fait grossir le cœur de ceux qui l’écoutèrent : mais qu’est-ce que c’est que ça ? Antony Hegarty, androgyne de 29 ans lorsqu’il chante « Hitler in my heart », morceau déchirant de tristesse à l’espoir indéniable. Maintenant c’est au tour de Perfume Genius de nous laisser coi.

La vingtaine, Mike Hadreas réside à New-York et mène une vie dont les expériences pourraient justement se rapprocher de celles d’Elliott Smith : addictions, abus, suicides, excès en tous genres. Après quelques allers-retours en rehab, Hadreas choisit cette fois un retour plus percutant : il rentre chez sa mère, dans l’Etat de Washington. Là il s’isole dans le garage et extrait de son séjour à la Grosse Pomme dix titres. Learning est donc le premier album de Mike Hadreas, 26 ans, et une météorite en forme de disque qui pénètre en nous comme un mal qui a trouvé son absolution dans l’apaisante atmosphère de sa propre voix, qu’il déteste pourtant.

La musique intérieure que Perfume Genius distille : un dénuement qui ne nous montre que mieux que nous nous perdons toujours en conjectures et contingences, cherchant l’harmonie sonique dans la complexité de son origine et de sa structure. Lui joue du piano et fait serpenter sa voix chevrotante au milieu de nappes atmosphériques jouées au synthé. En outre, prenez les hauteurs harmoniques de Sigur Rós réduites au minimum et relayées au troisième plan, les sommets d’une voix qui n’est pas sans rappeler Elliott Smith, au milieu desquels se posent des notes de piano dégoulinantes d’amertume.

La simplicité désarmante de sa musique exhorte le chant et les textes, poignants de vérité. Il y entonne ses souvenirs, hésitant sur les mots, jouant des accords. En témoigne le titre Mr Peterson qui nous conte le souvenir d’un professeur avec lequel il entretenait une relation mais qui finit par se suicider. En nous montrant sa vie, Hadreas nous invite à regarder la notre : il nous montre le chemin et les dernières notes de Never Did nous laissent continuer seul. Disposées dans l’ordre chronologique de l’écriture, la progression de l’album voit son assurance dans le songwriting et dans le chant croître parallèlement. Une musique personnelle qui crée une relation intime avec celui qui l’écoute : on y entend le bruit des pieds appuyant sur les pédales du piano. Son souffle est également omniprésent sur l’ensemble de l’album, et laisse immanquablement penser l’auditeur qu’il s’agit du dernier. En ce sens, Gay Angels est le pinacle de l’album. Hadreas fait glisser sa voix sur de longues nappes de synthés qui s’éloignent à mesure qu’elles s’insufflent en nous. Il n’aurait jamais paru trop long et le réveil est difficile, amené par des « It’s okay » susurrés par notre hôte et contredits par le bruissement de son souffle qui s’emballe.

Hadreas nous présente un pathétique numéro de cabaret à l’ambiance dépressive, au paroxysme de la tristesse, dans une splendeur puissamment apaisante. Laissons les 28 minutes de cet album couler le long de l’hiver, son parfum saura le magnifier.

  • L.V.M
    Mercredi 27 octobre 2010 - 20:28

    il est des mélodies dont la mélancolie transporte,des pianos dont les effluves existent et nous exhorte,
    mais lorsqu’elle est rébarbative,
    ne marque aucune croissance,décroissance,lorqu’elle est plane et brève l’état saisi un instant retombe
    comme une caresse inabouti et sans espoir.
    le caractère aérien de cet album assure pourtant une dépréssurisation au bout de la 7ème minute environ,
    ou devrais je dire dans le cas de l’interprête,
    une dépression et un crash averti.si nous laissions,le long de cet hiver couler sa voix comme coule la pluie,comme coule l’ennui,les feuilles mortes ne seraient pas les seules a tomber… Salutations bienvaillante au rédacteur de cet article.

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