Tricky : Tordu, Sombre, et Tourmenté
Tricky : Tordu, Sombre, et Tourmenté
11/11/10 - 20:03
par Paul B.
Catégorie(s): Chroniques
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Il est des albums qui vous font ressentir des émotions inconnues jusqu’alors, des chansons qui viennent vous titiller dans des endroits de votre cerveau dont ignoriez l’existence, des sonorités nouvelles qui vous font comprendre que la musique, à son sens le plus large, n’a aucune limite. Et bien, ce dernier album de Tricky n’est pas de ceux là ! Loin de moi la volonté de remettre en cause la qualité des travaux du Kid de Bristol, il faut pourtant admettre que ce disque, perturbant quand on approche sérieusement l’oreille près de l’enceinte, a un aspect de « déjà vu »… Tricky, douce réminiscence d’un passé enfoui ou simple illusion ? Jugez !

Pour situer Tricky dans un contexte, la chose la plus importante a retenir, c’est que le flou artistique porte bien son nom. Artiste phare de ce genre musical très large qu’on appelle le trip-hop, rassemblant des groupes tels que Gorillaz ou Massive Attack, dont Tricky a d’ailleurs fait partie jusqu’en 1994 avant de partir en claquant la porte, pour se lancer en 1995 dans une carrière solo parfois un peu trop brillante à son goût. Son premier album, Maxinquaye, du nom de sa mère décédée alors qu’il n’avait que 4 ans, est salué unanimement par les critiques comme la promesse d’un avenir radieux. Compilant avec adresse les sons les plus éclectiques de son époque, Tricky a appris à surfer sur une vague musicale en constant renouvellement, donnant une image d’équilibre précaire, renforcé par son attitude de mauvais garçon, et sa manière de couper violemment les ponts avec les artistes avec qui il collabore. En bref, plus j’en sais sur lui, moins je l’apprécie…

Mixed Race, contrairement à ses prédécesseurs, est un album très épuré. L’idée de « Joyeux Bordel » qui trônait sur ses CDs auparavant a été déchue, laissant plus de place à un semblant d’ordre qui, peut être, permettra à Tricky de retrouver de nombreux fans qui s’étaient égarés à l’écoute de Blowback ou Vulnerable. Il faut avouer que le Kid a eu le temps de se poser dernièrement, improductif entre 2003 et 2008, chose surprenante pour lui qui sortait deux albums la même année en 1996. Peut être une occasion de faire le point, de se fixer sur son avenir … La crise de la quarantaine, ca peut aussi vous tomber dessus !

Au fil de ses pérégrinations, Tricky a posé son sac à Paris où il s’est intégré à la vie culturelle. On l’a vu DJ résident au 104, dont on vous parlait à l’occasion de la soirée « Join The Green Line », mais aussi à l’Élysée Biarritz ou derrière le micro du Mouv’, station de radio publique destinée aux jeunes en plein milieu d’un remaniement dont on aura sûrement l’occasion de vous parler ! Il plaisante dans une interview sur son intégration parisienne : « Je sais que je n’y finirais pas ma vie, mais je me suis attaché à cet endroit. Et j’ai tous les plans pour choper de l’herbe ! »

Mais pour en arriver finalement à la musique, c’est finalement un bien drôle de sentiment qui s’empare de moi : un air de déjà vu avoué et sur-joué comme sur Uk Jamaican, et de nombreux passages qui ne laissent pas des oreilles indifférentes. « Mais je la connais cette intro ! Et là, il sample qui déjà ?! » et ça tout le long de l’album ! Tricky ne se ficherait-il pas royalement de nous ?

Toujours est-il que les 10 chansons de l’album qui se suivent, presque trop bien rangées, trop bien arrangées dans leur format 3 minutes et au suivant ! dégagent une atmosphère sombre et courroucée, presque inquiétant parfois. Mais, finalement, tout est traité avec un humour assez clair ! Tricky s’amuse des clichés, des superstars, de ceux que vous aimez, de ceux qui vous font peur et de ce que vous ne voulez surtout pas savoir.

Uk Jamaican, morceau dont il est largement inutile de préciser de qui il est inspiré, et même de préciser qu’il est inspiré de quelqu’un, n’a rien à voir avec un quelconque remix. Entre la reprise et la parodie, le plagiat et le second degré, Tricky se balade entre les genres et pioche, au hasard de ses déambulations, les divers éléments qui l’intéresse ! Hakim, morceau cliché arabisant avec une guitare sèche et une voix rauque, est finalement la chanson la moins flippante de l’album, même si ce n »est sûrement pas la meilleure !

On retiendra particulièrement Murder Weapon, amère chanson, ode à la légitime défense, construite, une fois n’est pas coutume, sur un riff de guitare qui va forcément vous rappeler quelque chose ! Je vous conseille d’ailleurs le clip, d’une beauté lugubre affolante !

En bref, Mixed Race est un disque qui fait déjà beaucoup de bruit, et n’a pas fini d’en faire, pour notre plus grand plaisir !

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