Samedi 9 Avril, 1h00. Alors qu’Apocalyptica assène le public de la scène « Pression Live » de ses coups d’archets, la fine équipe de MFYM attend patiemment à l’espace presse l’arrivée de Blitz. On a écouté Stereotype -1er album du rappeur- (et quelques extraits de Native Sun son nouvel album qui vient de sortir!) où le métissage des sonorités et la pêche avec laquelle elles sont exécutées ne nous avait pas laissé de marbre; le visionnage de son passage à Rennes confirme que le bonhomme en a à revendre. On a hâte de rencontrer cet homme qui manie habilement les facettes collatérales de la musique : de la création à la promotion, rien n’est laissé aux mains de plus grands. Sa rigueur faitt de lui un nouveau self made man du rap globalisé : il sait où il va et ce qu’il veut. Quand il arrive, il semble se réveiller d’un somme piqué dans le tour bus qui a apparemment connu quelques soucis pour rallier Marmande. Epuisé mais chaleureux, il nous salue et nous laisse poliment entrer les premiers dans le bungalow. Blitz dévoile les grands points de son programme en une interview où la fatigue n’aura pas raison de sa ferveur.
MFYM : Tu as lancé ton propre label, Embassy MVMT, qui a sorti Stereotype dont tu as réalisé l’artwork. De nouveaux artistes t’ont ensuite rejoint comme J. Ivy ou Les Nubians. Comment gères-tu tous ces aspects de la musique à la fois ?
Blitz The Ambassador : Aujourd’hui, dans la musique, tu ne peux pas dépendre de major pour sortir une musique aussi nouvelle en termes de sonorités qu’en termes d’idées. Ca vient du fait que le système entier est conçu pour faire de la pop, donc si ça ne colle pas à cette étiquette tu vas dans le panneau pour promouvoir et diffuser cette musique. On a donc lancé Embassy MVMT parce qu’on savait que si on amenait Stereotype à des labels traditionnels ils ne nous l’auraient pas pris simplement parce que ce n’était pas un album « normal », qu’il ne contenait aucun « hit ». Ca a commencé tout petit, on n’imaginait pas prendre d’autres artistes mais il s’est trouvé qu’on a eu suffisamment de succès avec Stereotype pour que d’autres groupes nous approchent et nous demandent comment on s’en sortait. Nous on n’a pas l’argent, on n’a pas non plus les moyens de le faire mais on a le savoir-faire. Donc des gens comme J. Ivy ou Les Nubians c’est plus d’une famille qu’il s’agit. On ne se considère pas comme un label, ce sont simplement des amis dont on aime la musique et qui aiment la notre et il s’est trouvé qu’on avait une structure qui pouvait les aider à sortir leurs disques, on ne signe pas de contrat formel. C’est juste du genre « tu as besoin d’un peu de pub, on peut aider », tu vois. C’est plus une famille qu’une relation du type « tu signes ici et je prendrai tel pourcentage ». C’est différent.
MFYM: Quelle part tes origines ghanéennes occupent-elles dans ta musique ?
B. : Je vois la musique que je fais comme la continuation de mon histoire africaine. Je ne pense pas qu’un africain en Amérique soit trop différent d’un africain en Afrique. Je les vois juste comme des gens qui ont été déplacés mais qui gardent malgré tout le même sang dans leurs veines. La musique que je joue est finalement assez facile parce que la rythmique des musiques traditionnelles africaines ou celle de l’afrobeat ou du zouk se retrouvent dans le jazz, la soul ou le reggae par exemple. C’est là que les points se relient : c’est comme un tout que tu balances et qui s’éparpille et puis qui se reforme en un morceau, amassant au passage toutes les expériences vécues en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique et en Amérique et d’où un son émerge. Tu te rends compte au final que plus qu’une expérience américaine ou africaine, tu es en présence d’une expérience humaine. Là est notre but : faire une musique que tout le monde puisse apprécier. On joue à Garorock ce soir, ce sont d’autres gens, d’autres destinées et d’autres histoires et tout le monde devrait prendre part à ce voyage.
MFYM : D’où ton nom “L’ambassadeur”…
B. : Absolument! Ça a toujours été mon trip en tant que musicien de connecter les gens et les idées. On vit dans un monde qui tend tellement à séparer les gens que mon but et des les rapprocher d’un pas. Il faut reconnaître que lorsqu’il y a un tremblement de terre au Japon, ça s’en ressent à l’échelle mondiale. Ce qui se passe en France concerne quiconque vivant au Cambodge et vice versa. C’est ma mentalité donc je fais de la musique dont j’espère qu’elle rapprochera les gens.
MFYM : Pourquoi avoir choisi de faire ta tournée avec tout un « live band » et pas seulement un DJ ?
B. : Premièrement j’enregistre avec un groupe de musiciens donc ça me parait impossible de jouer la musique que je fais en studio avec un groupe sur scène avec un DJ : tu te sens biaisé. Je veux dire que si t’écoutes le disque tu vas vite te rendre compte de la richesse musicale de la chose ; je veux donc transposer cette expérience du studio à la scène. Tourner avec tout un groupe le rend à l’évidence plus simple.
MFYM : Tu aimes quand même le rap à base de DJ et de MC sur scène ?
B. : J’adore ça mec. Si tu sais le faire et que tu le fais bien, c’est tout ce qui m’intéresse. Je vais toujours à des concerts où t’as juste une platine et un mic et je fais toujours des concerts comme ça aussi pour le fun. Ce n’est pas la musique que je fais quand je pars en tournée mais en tant que gros fan de hip-hop, y a rien de mieux que quelqu’un au mic et un DJ. Mais ça, ça fait 30 ans qu’on le fait donc lorsque j’envisage ce que je peux apporter au hip-hop, c’est quelque chose de nouveau, mes racines Ghanéennes et mon goût pour Public Enemy, De La Soul ou OutKast. C’est un énorme projet.
MFYM : Tu organises toi-même l’acheminement des tes disques en Afrique. Quelle place le hip-hop a-t-il là-bas, pour toi ?
B. : Le hip-hop a été présent en Afrique dès qu’il a débuté en Amérique. Le fait est qu’on n’entend pas assez les voix africaines du hip-hop pour faire se relier les points, justement. On a de gros B-boys et MC en Afrique, mais la majorité d’entre eux n’atteindront jamais la gloire ni même la reconnaissance internationale. Quelle que soit la popularité que j’acquiers à l’international, je voudrais pouvoir en faire bénéficier ces gens-là qui n’auront jamais MTV qui viendra les filmer ou qui ne joueront jamais à Garorock. Ils sont aussi formidables donc je voudrais créer une structure qui leur donne une opportunité de faire leurs preuves : c’est un phénomène mondial et ils sont dedans depuis des années, ils méritent donc de se faire entendre. J’appelle personnellement les centres commerciaux et leur dit « je vais sortir un disque, si ça vous intéresse je m’occupe de tout ».
J’étais au Ghana en Novembre dernier, j’y retourne bientôt, je vais également en Afrique Du Sud et au Kenya et je m’y prends exactement de la même manière qu’aux USA : je vais dans les magasins et je dépose mon CD. En Afrique on n’a pas les circuits de distribution qu’on peut trouver en Europe ou aux Etats-Unis. J’aime jouer en Europe car j’aimer jouer partout où les gens sont curieux. Et je répète tout le temps au groupe « On joue le même show où qu’on aille », peu importe. On peut partir sur la lune et ce sera la même. Pourquoi ? Simplement parce que tout le monde mérite le meilleur. Les gens payent –que ce soit en monnaie ou en temps– pour venir à un concert, tu es alors obligé d’offrir la meilleure performance possible. On ne fait aucune différence entre les pays dans lesquels on va jouer, notre message est le même et on ne le changera pour personne. On joue avec la même énergie, les mêmes sentiments et le même objectif.
Beaucoup d’artistes sont attirés par l’Europe parce qu’il y a là énormément de gens ouverts d’esprit, ce qui, honnêtement, n’existe pas vraiment aux Etats-Unis parce que la société n’est pas conçue comme ça. C’est pas pour être gratuitement ingrat que je dis ça, j’y ai longtemps vécu, mais quand il s’agit de libre expression et d’esprit, ce n’est malheureusement pas aussi répandu. Donc les artistes adorent venir ici et ce depuis les débuts des jazzmen. On aime particulièrement le public, ils comprennent ce qui se passe.
J’essaie cependant de bouger les choses en jouant en Afrique parce que j’ai le sentiment que c’est un public dont personne ne veut entendre parler. Mais moi, venant de là-bas, je me sens tenu de reproduire ce que je fais ici en Europe là-bas en Afrique aussi parce que ce message est nécessaire partout. Tu ne peux donc t’attendre qu’au meilleur concert de notre groupe où qu’on soit. On adore venir en Europe, c’est la troisième fois qu’on vient. La première fois on n’avait pas joué en France, uniquement en Allemagne, mais depuis les Transmusicales à Rennes on a eu 20 dates de plus.
MFYM : Tu as été considéré comme une des révélations des Transmusicales 2011 avec Connan Mockasin notamment, comment vis-tu cela, toi qui il y a quelques mois était quasiment inconnus ici?
B. : Je prends ça comme un énorme compliment, et honnêtement mon groupe déchire. Je suis heureux d’avoir de formidables musiciens avec lesquels je joue le meilleur concert possible au moment où on monte sur scène. Et le festival des Transmusicales a été super pour nous parce qu’il a donné l’opportunité aux gens de voir du vrai talent. On n’est pas sur un gros label où on est grassement payés pour monter sur scène, c’est juste Jean-Louis : il a aimé donc il nous a dit de venir en France et on a joué, voilà tout. Le concert était géant et les gens étaient très contents, on prévoit donc de continuer comme ça.
MFYM : Tout ton groupe live sera là ce soir ?
B. : Oui, j’emmène ces gars là partout!
Photos: Lola Mirti // http://lolamirti.fr.nf/ (© All rights reserved )
Remerciements: Blitz pour son amabilité malgré la fatigue et le retard lié aux divers soucis de tour bus, Emilie, Perrin et Gaëlle, l’équipe « communication » du Garorock












