Après l’annulation d’une interview prévue à Paris en Février, nous attendions impatiemment de croiser The Shoes lors du festival Garorock 2011. Afin d’éviter l’étape « conférence de presse » et d’avoir une entrevue plus intimiste et plus riche, rendez-vous avait été pris dans leurs loges. On a cru vite déchanter après un début chaotique et puis finalement la discussion s’est engagée naturellement. Retranscription d’une interview pour le moins plaisante avec un groupe d’abord dissipé puis sympathique et loquace, mais toujours marrant:
Music For Your Mind : Pour commencer, on parle beaucoup de Reims, du regroupement d’artistes émergents là-bas, mais on oublie souvent que vous avez passé quelques années sur Bordeaux avant, donc je voulais revenir sur cette période et savoir comment se sont passées ces années au niveau musical et puis pourquoi en êtes-vous partis pour retourner à Reims ?
Guillaume (The Shoes) : En fait, on devait vraiment de l’argent à pas mal de monde !
Benjamin (The Shoes) : Ouais nos têtes étaient mises à prix …
(Interruption par une charmante demoiselle travaillant pour MTV qui de manière très polie débarque dans la loge et interrompt naturellement l’interview)
G : Donc pour reprendre, hormis les dettes …
(Deuxième interruption par le staff du groupe ça parle d’Ariel, de Le Chat Machine, nous préférerons ne pas essayer d’en savoir plus !)
B. : Oui, donc déjà on devait du pognon, en plus c’est un peu vrai en ce qui me concerne, d’ailleurs je m’appelle Stéphane Gillou, qu’on soit tous d’accords !
G. : Stéphane Coligna !
B. : Ouais voilà Coligna ! Et puis on a quand même habité huit ans à Bordeaux donc…
G. : On a eu beaucoup de groupes là-bas, plusieurs projets, on a fait pleins de trucs, mais à un moment on s’est barré, Benjamin s’est arrêté à Paris, moi je suis rentré à Reims, d’où on est originaire à la base puisqu’on y est né tous les deux, et donc on est rentré retrouver papa maman et on a remonté The Shoes depuis Reims et Paris même si c’était plus basé à Reims !
MFYM : C’est d’ailleurs à Bordeaux que vous avec rencontré Ro (Romain Bourven de The Cameroscope), c’est ça ?
G. : Ah oui ! La première fois que je l’ai rencontré je me suis battu avec lui, je lui ai mis une bonne peignée hein ! (Rires)
B. : Et moi justement il tenait un bar et j’ai commencé à faire crédit… Mais je crois que je lui ai tout rendu !
G. : Et depuis d’ailleurs Ro c’est devenu un très bon ami, comme quoi des fois ça commence sur des bases bizarres !
MFYM : Maintenant vous n’avez plus de dettes et vous vivez en paix…
B. : Maintenant on est riches et on n’a plus d’amis ! (Rires)
G. : Maintenant on nous doit beaucoup d’argent !
MFYM : On entend de plus en plus parler de vous et notamment grâce aux collaborations que vous avez faites avec différents artistes, collaborations qui peuvent paraître étranges par rapport à vos « origines musicales », je pensais notamment à Shakira dans le cadre de Gucci Vump, et vous êtes aussi transgenres avec The Shoes, vous avez balayés pas mal d’horizons différents, est-ce qu’il y aurait des collaborations ou des terrains musicaux que vous aimeriez fouler aujourd’hui ?
G. : Moi je produis du rap depuis vingt ans, je fais des trucs plus underground, dont on entend pas trop parler, mais nous en fait c’est ce qui nous intéresse justement, que ça soit Shakira ou quoique ce soit, même des choses de variété française pour lesquelles on a travaillé et tout ça, c’est justement là que ça devient intéressant ! Un mec vient nous chercher et c’est un univers qu’on apprécie pas forcément ou qui est loin de ce que l’on fait, c’est d’autant plus intéressant de mettre ses pattes là-dedans et d’essayer de bricoler des choses un petit…
B. (l’interrompt): Amener un peu bizarrerie là-dedans, de textures..
G. : Demain tu me demandes du zouk love moi je te fais du zouk love ! Justement c’est ça qui est drôle dans le métier de producteur/réalisateur, c’est ça qui est intéressant. Par exemple on a fait beaucoup de remixes, on n’aime pas trop remixer des morceaux qu’on aime trop, parce que quand le morceau tu l’aimes trop, comment veux-tu faire mieux ? Donc j’aime bien quand on nous fait remixer des grosses bouses, on se dit : « Tiens qu’est ce qu’on va faire de bien avec ça ? »
On prend ça un peu comme un jeu, et en même temps on fait aussi des rencontres supers,… Souvent les gens qu’on rencontre c’est pas ce qu’on croit et on se lie vraiment d’amitié et tu vois y’a quelque chose d’intéressant ! Et on n’est pas non plus des snobs de la musique ! Nous on fait notre truc et puis…
Après c’est sûr qu’il y a certains trucs qu’on nous propose qu’on refuse parce que ça s’inscrit dans une stratégie ou des choses qu’on n’apprécie vraiment pas au point de ne pas pouvoir les faire! Par exemple on a fait la réalisation, les arrangements de l’album de Gaëtan Roussel, qui à priori n’est pas notre truc, tu vois ce que je veux dire, mais le mec on le rencontre il est super cool et tout ! Et puis nous on a amené notre patte là dedans et on trouve ça vachement intéressant ! Et finalement ça s’est passé super bien !
MFYM : Est-ce que vous souhaitez justement plus vous orienter vers la réalisation, la production ?
G. : On garde les deux ! On a The Shoes et les autres projets ou collaborations
B. : On a déjà travaillé avec pas mal de monde, ça commence quoi… Maintenant, on choisit, on ne veut pas faire tout et n’importe quoi non plus
G. : Ce qui est assez drôle c’est qu’ayant fait l’album Ginger (ndlr : l’album de Gaëtan Roussel), ou des choses comme ça on s’attendait à avoir un retour de bâton de la part de la presse branchée et tout ça… et en fait pas du tout, tout le monde trouve ça cool ! Aux Etats-Unis ça fait longtemps que c’est comme ça, ils vont chercher des Pharrell Williams,… toutes proportions gardées, on ne prétend pas être du niveau de Pharrell ou quoi, mais y’a des choses un peu transgenres qui se font et nous on trouve ça vraiment intéressant !
MFYM : Vous êtes donc favorables au fait de casser les murs, les genres et de mélanger tout ça ?
G. : Ouais c’est tout à fait ça !
B. : Après ça c’est quelque chose qu’on peut faire depuis peu, parce qu’on aurait fait ça y’a quatre ans t’étais un vendu, un homme patchwork
G. : Gaëtan Roussel il est plus marrant que Toxic Avenger ! (Rires)
MFYM : Ca tombe bien on ne l’apprécie pas particulièrement !
B. : Ah ça fait plaisir nous aussi on l’aime pas, de toute façon il a la loge à côté, ça va mal finir ! Bon moi je ne me battrais pas hein parce que c’est une baltringue… (Rires)
MFYM : On voit qu’au niveau de l’ « image » il y a aussi un gros travail, notamment avec vos illustrations d’album, vos clips qui s’avèrent relativement aboutis, comme celui de Stay The Same, ou auparavant celui de People Movin’ …
G. (nous interrompant) : Mon préféré c’est celui de Stay The Same, qui a été réalisé par Daniel Wolf à Manchester, l’acteur principal c’est Johnny Harris qui joue dans la série This Is England ’86, donc on voulait vraiment une carte postale de l’Angleterre « working class » tu vois…
B. : De toute façon on a vachement bossé en Angleterre, on y a enregistré et tout donc c’était assez normal que le clip soit réalisé en Angleterre…
G. : En fait tout le projet The Shoes il s’est élaboré en Angleterre. On a notre réseau en Angleterre, notre réseau de potes, Esser qui chante sur le disque, Cocknbullkid, des gens comme Wave Machines, y’a Gonzales qui joue du piano aussi…
MFYM : Justement comment ça s’est fait cette rencontre avec Gonzales ?
B. : On avait déjà pas mal d’amis en commun, nous on ne se connaissait pas personnellement mais après c’est notre directeur artistique qui nous a un peu connectés
G. : Et lui ça l’a fait marrer parce que finalement y’avait toute une partie de piano qui était samplée dans le morceau et le son c’était vraiment de la merde, c’était fait sur ordinateur, donc on voulait un vrai son de piano et Gonzales qui est vraiment trop fort il nous a fait le truc en une demi-heure, il nous a fait quinze pistes de piano, des trucs de malade. Et lui ça la fait marrer de le faire il aimait bien le morceau donc voilà… En fait on se disait il nous faut un pianiste, nous on a pas pensé à Gonzales puisqu’on le connaissait pas vraiment, et par des amis communs « Tiens on va demander à gonzo… », donc on lui a demandé et il a dit oui direct !
MFYM : On a l’impression qu’au delà de l’aspect musical il y a un réel aspect humain que vous avez tendance à parfois privilégier au delà de la musique …
G. : Complètement !
B. : Ouais et ça s’est fait complètement naturellement ! Tous les gens, toutes les collaborations sur le disque, c’est que des potes c’est des gens qu’on a rencontré en Angleterre, et on a jamais pensé quand on les a rencontrés faire un morceau avec eux puis on a passé du temps ensemble…
G. : Y’a pas longtemps on devait bosser avec une chanteuse française très connue…
B. : On dira pas le nom !
G. : … on dira pas le nom ! On l’a rencontré c’était une grosse connasse, on lui a dit « Beh va te faire foutre ! »
B. : Du coup elle a fait un morceau de merde ! (Rires)
MFYM : On veut des noms !
B. : Ah non non pas de scoop ! Mais c’est une chanteuse blonde, qui n’est pas vraiment française…
MFYM : Après Bordeaux, Paris, Reims, Londres, votre réseau et votre musique se sont étendus et se sont développés, c’est parfois déterminant de passer outre-Atlantique, est-ce que par rapport à ça vous vous projetez sur un nouveau terrain de jeu dans le futur ?
G. : On a beaucoup travaillé au Japon aussi, on y a été joué six fois, on a un label là bas, et puis tu penses sûrement aux Etats-Unis, on a fait pas mal de remixes d’artistes américains… Après on prend les choses comme elles viennent on va pas se dire « Putain faut qu’on soit des stars aux Etats-Unis ! », c’est la meilleure façon de ne pas y arriver, tu vois ce que je veux dire ! La carrière elle se développe comme ça, c’est toujours des tiroirs qu’on ouvre…
B. : On ne sait pas trop où on va aller… Notre disque va peut-être sortir aux Etats-Unis, c’est encore le tout début donc on ne sait pas encore tout ce qu’il va se passer !
G. : Et puis on se met pas une pression de dingues en se disant « Putain il faut qu’on vende un million d’albums ! », c’est de la connerie ça, plus personne vend un million de disques. On se laisse aller aux rencontres qu’on fait, comme vous disiez l’humain c’est super important pour nous donc si on rencontre un mec qui est cool… On travaille beaucoup avec Brodinski qui est un ami très proche à nous, de Reims aussi, c’est avec lui que je fais Gucci Vump mais Benjamin y participe aussi c’est un projet assez ouvert, les connexions elles se font toutes seules…
MFYM : Au niveau de votre approche du live par rapport à l’album, est-ce que dès l’enregistrement de celui-ci vous songiez à son adaptation sur scène ?
G. : Non on a pas pensé au live durant la création de l’album !
B. : On a fait notre disque et après on a tout réadapté pour le live, ça n’a pas été évident mais on a trouvé des manières de l’adapter
G. : On voulait absolument pas se prendre la tête avec ça on voulait faire un disque qui soit d’abord plaisant à écouter et après on s’est dit « Bon comment est-ce qu’on fait avec le live ? » et on a trouvé une formule avec des batteurs, … On a réadapté les morceaux !
Photos: Lola Mirti // http://lolamirti.fr.nf/ (© All rights reserved )
Remerciements: Guillaume & Benjamin (The Shoes) ainsi que Fred leur tour manager; Emilie, Perrin et Gaëlle, l’équipe « communication » du Garorock; Maureen, la gagnante du concours MFYM x Garorock, qui a activement participé à cette interview; Tarik et l’agence presse Brigitte Batcave













