Connan Mockasin
Connan Mockasin
28/06/11 - 17:59
par Romain B.
Catégorie(s): Interviews
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Des mois que j’attendais ce moment, rencontrer Connan Mockasin. Tombé totalement amoureux de son premier album avant qu’il ne sorte en France, je m’étais battu pour avoir Forever Dolphin Love, un des meilleurs morceaux de celui-ci, pour notre première compilation. Quelques jours plus tard, et à ma plus grande joie, il signait chez Because pour une diffusion française de Please Turn Me Into The Snat, son premier album, ensuite renommé Forever Dolphin Love lors de sa sortie dans l’hexagone, et également enrichi de versions live. Disponible depuis fin Mars en France, le chef d’oeuvre de notre néo-zélandais préféré a connu un succès relatif autant au niveau du public que des médias, succès que je ne peux que juger mérité tant j’ai adoré cet album qui est à mes yeux totalement unique en son genre et qui restera très sûrement pour moi un des meilleurs de cette année (si l’on considère sa sortie en 2011, sinon c’est pareil, ça en fait un des meilleurs albums de 2010 pour moi…).

J’avais à de multiples reprises tenté de croiser cette chère tête blonde, en vain, et je n’ai malheureusement pas pu l’interviewer lors du Primavera Sound Festival. Néanmoins lors de son passage à Barcelone j’ai au moins pu le voir en live, et quelle claque… Durant 45mn de concert pas un seul « hic », hormis à la fin des superlatifs que je pourrais utiliser pour qualifier sa prestation: psychédélique, onirique, magique. Et encore je fais court sur ce concert qui même en étant chaotique n’en fut pas moins magnifique . Vous l’aurez compris je ne taris pas d’éloges sur Connan

Alors forcément, quand j’ai l’immense surprise et le plaisir de voir qu’il est programmé à Toulouse durant Les Siestes Electroniques, festival précurseur, connu et reconnu pour sa programmation pointue et le cadre dans lequel il se déroule, je fonce!

Ainsi, voici le récit d’une interview où je me suis présenté en touriste, sans aucune question préparée, sans notes (vous m’excuserez le peu de questions, je regrette moi-même d’en avoir oublié certaines que j’avais en tête de longue date…), afin de profiter au maximum de cette discussion avec un artiste unique, à l’ombre, au bord de la Garonne. Rencontre.

Music For Your Mind: Pourquoi avoir soudainement quitté ta Nouvelle-Zélande natale et être parti en Angleterre ? Est-ce lié à la musique ?

Connan Mockasin: J’ai un passeport anglais donc forcément ça aide, et puis la Nouvelle-Zélande est un pays très fermé d’esprit, et en Australie c’est guère mieux… c’est même pareil. Ils ne sont pas vraiment ouverts par rapport aux expérimentations artistiques. D’un côté ça avait des avantages, le peu de gens qui étaient réceptifs l’étaient vraiment.

Je faisais quelques concerts, parfois devant quelques centaines de personnes, mais après c’est dur de passer ce stade et d’aller plus loins. Les gens sont plus attirés par le hip-hop, le dub, beaucoup de dub… Les néo-zélandais n’ont pas de très bons goûts musicaux, ils sont plus intéressés par le rugby (rires)

Alors partir en Angleterre c’était une sorte de challenge, et puis comme je disais j’avais un passeport anglais, je parlais la même langue, donc ça facilitait les choses et je n’envisageais pas d’autres destinations.

Et puis je suis arrivé là-bas, je suis resté sans logement quelques temps, pendant 6 semaines je dormais dans des parcs, je vivais en « bande », on ne se connaissait pas, on ne savait pas ce qu’on faisait là… Je suis parti comme ça, sans argent, juste un billet d’avion, et ça a été plutôt difficile au début…

MFYM: Tout est allé relativement vite ces derniers mois non ? Entre la rencontre avec Erol Alkan, ta signature sur son label Phantasy, puis la sortie de ton CD en Angleterre puis en France désormais, et puis la tournée qui s’allonge sans cesse…

C. M.: Au début tout est allé relativement vite avec les major companies, qui s’intéressaient un peu à ce que je faisais, mais qui ne font que te mentir : « oui oui on comprend bien votre démarche, ce que vous voulez enregistrez, la façon dont vous voulez le faire blablabla », ils t’attirent avec de l’argent comme ça tu n’as pas à exercer un boulot « normal » et puis finalement quand tu as enregistré ce que tu voulais et que ça sonne comme tu le voulais ils te disent « Bon maintenant on va t’envoyer avec ce producteur et on veut que ça sonne plus comme ça », c’est vraiment que des conneries, c’est n’importe quoi… Donc je me suis progressivement remis à faire des concerts devant des gens qui n’avaient aucune idée de ce que je faisais et puis un jour ma mère m’a dis que je devrais enregistrer un album et je suis rentré en Nouvelle-Zélande chez mes parents pour enregistrer cet album sur lequel je travaillais déjà depuis quelques temps.

MFYM: Et auparavant, est que tu t’étais imaginé multiplier les concerts, les tournées, sortir cet album ? Comment vis-tu tout cela?

C. M.: Oh non, non! Bien sûr je le voulais, mais cela paraissait irréel, et je suis par exemple très content d’être ici. La France est un des pays qui m’a toujours attiré, j’aime beaucoup la musique française, Gainsbourg par exemple, des choses plus modernes comme AIR aussi, mais il y a beaucoup de choses que j’aime dans la musique française sans que je puisse donner des exemples, je me fie juste aux sons sans aller plus loin, et puis je pense que la France est relativement ouverte d’esprit, c’est très différent de la Nouvelle-Zélande!

Après c’est la vie que je voulais, j’en suis ravi, je me sens juste un peu frustré parfois, d’être toujours très occupé, j’aimerais avoir plus de temps pour travailler sur divers projets, là je fatigue un peu de devoir être là, puis là, et ensuite là… c’est un peu frustrant, surtout que depuis quelques semaines mon manager est malade et je dois gérer la plupart des mails, c’est une situation très stressante, je ne peux plus continuer ainsi!

MFYM: Des mois que j’écoute ton album, et alors que c’est de plus en plus rare à notre époque, il m’est impossible de le relier à d’autres artistes, d’imaginer des influences, peux-tu m’en dire plus sur ce qui t’as influencé pour cet album, des sons, des idées, des livres,… ? Et également par rapport à ta manière de l’avoir composé!

C. M.: Principalement des « concepts » que j’avais en tête, notamment jouer beaucoup sur des effets avec le son, et une des choses principales que j’avais en tête, c’était m’assurer d’être à un commencement. A partir de celui-ci juste écrire et enregistrer jusqu’à la fin. Beaucoup de groupes enregistrent pleins de chansons et puis à la fin ils sélectionnent les meilleures, les mettent dans un certain ordre, pour moi ce n’est pas un album ça, c’est juste une collection de morceaux.

Pour ma part c’était très instinctif au niveau de la composition, je suis parti de quelques idées et puis petit à petit je me suis laissé porter, pour moi c’est ça un album, et pas ce que beaucoup de groupes font, c’est à dire faire pleins de chansons sur plusieurs mois, et puis garder les meilleures, les mettre ensemble et dire, voilà c’est notre album ! Ce sont des mixtapes, des best-of des derniers mois passés à enregistrer, et puis quand ils arrivent à 50, 60 minutes au total, ils se disent: « c’est une bonne durée pour un album, arrêtons-nous là ! » Pour moi c’était beaucoup plus simple et beaucoup plus libre, c’était juste « oh ma mère m’a dit que je devrais enregistrer un album ! » alors je fais en faire un! (rires)

MFYM: Pour la composition tu t’es laissé aller, et comptes-tu aussi laisser faire les choses au niveau de la suite de ta carrière ou as-tu déjà des projets en cours ou en tête ?

C. M.: Peut-être faire un second album dans la foulée… Mais bon je tourne beaucoup donc j‘ai pas forcément le temps, mais j’ai un projet avec un ami qui joue dans un groupe nommé Late Of The Pier, Sam Dust, le chanteur. Ca fait quelques temps que l’on travaille sur un album ensemble, c’est un nouveau projet parallèle, cela s’appellera Soft Hair et donc l’album est quasiment fini, étant assez occupé ces derniers temps ça traine un peu mais on est très proche de la fin !

MFYM: Peux-tu nous en dire plus sur Soft Hair ? Comment décrirais-tu ce projet ?

C. M.: Alien… Star Wars’ music, demented disco music, Erol said that « demented disco music ! (Afin de retranscrire au mieux les propos de Connan, j’ai préféré laisser la phrase précédente en anglais) Je suis vraiment fier de ce projet, il sortira surement chez Phantasy, du moins je l’espère, et en France j’aimerais qu’il sorte chez Because ! J’ai aussi commencé à travailler sur un second album solo mais il me faut du temps pour vraiment m’y mettre. Et après tout ça j’aimerais réaliser un film, et la musique qui va avec!

Photos (hormis celle en titre): Pierre TORRELL // www.yseyse.fr (© All rights reserved )

Remerciements: Connan pour son extrême gentillesse, le temps qu’il m’a accordé et je lui souhaite de continuer ainsi! (Ah et on vous conseille vivement d’acheter son album!) ; Marc et Samuel, respectivement community manager et programmateur des Siestes Electroniques pour m’avoir permis de programmer cette interview et pour l’accueil ; Matthias de Because, pour les nombreuses fois où il fait le nécessaire et même plus pour m’avoir interviews, invitations,…

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